jeudi 8 avril 2010

Woods dans son jardin

Rien ne change donc à Augusta. L'herbe y est toujours aussi verte, les magnolias toujours en fleurs le long des fairways et l'étiquette plus que jamais repassée dans le bon sens. Dernier repère immuable dans ce cadre à l'éternel classicisme : Tiger Woods, l'homme sur qui tous les regards sont braqués depuis lundi et sa première apparition publique club en mains depuis novembre, reste le favori des bookmakers. L'intéressé lui-même, interrogé lundi en conférence de presse sur ses ambitions pour son retour à la compétition, insistait sur la pérennité des choses dans ce temple des maîtres : "Rien n'a changé, je suis ici pour gagner."

Chiche ? Et si, après cinq mois d'absence consacrés à résoudre ses déboires extraconjugaux, lesquels ont fait la une de l'actualité et l'ont placé sous les flashs de la presse la moins recommandable, le n°1 mondial, qui n'a repris l'entraînement que le mois dernier, s'habillait, pour la cinquième fois de sa carrière, de la veste verte promise au vainqueur ? "Les moyens de gagner, il les a", nous assurait lundi Thomas Levet, consultant de luxe pour Canal+. "Par contre, je ne sais pas ce qui va en être au niveau du jeu. Lundi, il n'était pas dans le coup du tout à l'entraînement. Il y a pas mal d'émotions derrière tout ça et il n'est pas dans son état normal pour le moment. Ça va mettre deux ou trois jours avant que ça se rallume normalement et on verra alors s'il est dans le coup. Mais il a le jeu pour. C'est un tournoi qu'il connaît par coeur. C'est envisageable même si psychologiquement c'est très dur."

Mickelson: "Nous nous attendons à retrouver le même joueur que nous avons toujours connu"

Faire fi des regards et de la pression, un challenge à portée de l'Américain, sous les feux des projecteurs depuis le début de sa carrière. "S'il revient et qu'il joue bien d'entrée, les gens penseront qu'il est invincible", prévient déjà Padraig Harrington. Phil Mickelson, le plus sérieux rival du Tigre sur ces dix dernières années, est tout aussi méfiant. "Je ne pense pas que quelqu'un s'attendait à ce qu'il joue bien en 2008. Il était blessé, et déjà, il était revenu pour gagner", rappelait le n°3 mondial, doublé dans la hiérarchie par Steve Stricker. "Personne ne doute de sa capacité à évoluer à son plus haut niveau. Du point de vue des joueurs, nous nous attendons à retrouver le même joueur que nous avons toujours connu."

Le même joueur, peut-être plus le même homme, lui qui a étendu ses excuses publiques à ses confrères. "Il ne me doit rien, lui a répondu Mickelson. Sur ces 12 dernières années, il a tant apporté au golf. Je ne sais pas si quelqu'un a autant profité que moi des opportunités qu'il a apportées au golf." Un sentiment partagé par tous qui, des spectateurs aux diffuseurs, se félicitent de ce retour du maître, pour preuve l'accueil reçu par l'intéressé lundi lors de sa première sortie d'entraînement. Même K.J. Choi, invité à partager la partie de Woods jeudi et vendredi en compagnie de l'Américain Matt Kuchar, se réjouit à cette idée. "C'est amusant, je me disais que ce serait cool de jouer avec Tiger. J'aime jouer devant de grandes foules. Je serai probablement plus agressif", confiait le Sud-Coréen, pas effrayé par les nuisances extérieures qui pourraient accompagner le parcours de Woods.

Un plateau qui dans son ensemble aura à coeur de finir devant le Tigre pour s'extraire de son ombre omniprésente. Et les prétendants sont nombreux, d'Angel Cabrera, le matou argentin qui défendra son titre, à Phil Mickelson, en passant par Steve Stricker, le nouveau dauphin de Woods au classement mondial, Fred Couples, vainqueur de trois tournois cette saison sur le circuit vétéran, Ernie Els, qui a renoué avec la victoire et à deux reprises le mois dernier, ou encore les Anglais Lee Westwood et Luke Donald, voire la nouvelle classe européenne Martin Kaymer et Rory McIlroy. Autant de joueurs bien décidés à mettre des pierres dans le jardin de Tiger Woods...